En septembre dernier, la régie régionale de transports Illevia mettait en circulation un car fonctionnant au GNV pour relier Rennes et Retiers. Après six mois d’exploitation, Breizh[Bio]GNV s’est entretenu avec Gérard Lahellec, président d’Illevia, pour faire le point sur cette innovation et sur la vision de la Régie quant au déploiement de la solution gaz.

Breizh[Bio]GNV : Pouvez-vous nous en dire plus sur l’activité de votre structure ?

Gérard Lahellec, président d’Illevia

Gérard Lahellec : Illevia, la Régie régionale des transports, est un établissement public de la Région Bretagne. Elle lui a confié l’exploitation de plusieurs lignes de transport de voyageurs par autocar du réseau BreizhGo au sud de l’Ille-et-Vilaine. Nos soixante conducteurs transportent ainsi chaque jour plus de 3 000 voyageurs à bord d’une flotte de cinquante autocars régionaux.

Grâce à cet opérateur interne, la Région renforce sa capacité à expérimenter et analyser le fonctionnement de son service de transport. Cela lui permet d’affiner sa gestion et d’enrichir le dialogue avec les transporteurs privés à qui elle a confié l’exploitation des lignes du réseau BreizhGo.

Breizh[Bio]GNV : Quelles ont été vos motivations pour passer au GNV ?

Gérard Lahellec : En transport interurbain de voyageurs, jusqu’à aujourd’hui le moteur diesel EURO VI reste considéré comme un véhicule propre au regard de la règlementation. Le renouvellement des flottes autocars peut encore s’appuyer sur cette énergie pour les années à venir.

Nous ne pouvons cependant, nous satisfaire de cette situation, car même si les émissions sont faibles, nous savons que la technologie d’aujourd’hui peut nous permettre de faire mieux. Par ailleurs, nous ne pouvons fermer les yeux sur le potentiel épuisement des ressources fossiles alors que nos déchets ménagers et agricoles constituent un gisement inexploité.

Parmi les technologies, nous mettons l’hydrogène de côté pour le moment car non abordable financièrement à notre échelle. L’électrique quant à lui n’apporte pas pour le moment l’autonomie suffisante pour travailler en interurbain. Sans compter que pour ces deux technologies, la vertu environnementale de leurs modes de production n’est pas assurée. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournés vers le GNV qui se combine bien avec la vocation agricole de notre région.

Breizh[Bio]GNV : Quelles sont, pour vous, les avantages et les inconvénients de la solution GNV ?

Gérard Lahellec : En plus de l’autonomie, et de la maturation technologique et du relatif faible coût des matériels roulants et du produit comparé aux autres énergies propres, les avantages résident donc dans le potentiel de raisonner en filière virtuellement courte. Même si le produit des méthaniseurs locaux est injecté dans le réseau commun, nous savons que notre territoire est en capacité de produire une grande partie de l’énergie qu’il consomme et d’améliorer son indépendance énergétique.

Les inconvénients sont loin d’être insurmontables car ils se concentrent sur la difficulté d’avitaillement. Or, les investissements semblent au rendez-vous, des stations fleurissent un peu partout. Il faudra juste s’assurer que l’offre soit suffisamment dense sur l’ensemble de la Bretagne, y compris jusqu’à la pointe Finistère, et ne reste pas concentrée autour de la métropole rennaise et des axes routiers des Marches de Bretagne.

Breizh[Bio]GNV : Comment voyez-vous le développement du GNV dans votre activité ?

Gérard Lahellec : Au-delà de la Régie, plusieurs transporteurs locaux ou groupes nationaux opérant en Bretagne se sont déjà impliqués ou souhaitent s’impliquer dans le sujet. Le retour d’expérience de notre établissement public devra profiter à tous. En étroite concertation avec eux, il permettra de nourrir un cahier des charges ambitieux, mais réaliste pour les futurs appels d’offres de la Région. Il est évident que la Région se préoccupera de la transition énergétique dans ses contrats à venir, mais elle veillera à ce que ce ne soit pas déstabilisant pour les entreprises bretonnes ou que cela altère la qualité et l’efficacité économique du réseau BreizhGo.

Sur ce dernier point, nous espérons que la maturité de la technologie couplée à l’arrivée d’un second constructeur sur le marché de l’autocar en 2019 va apporter une nette amélioration.

Breizh[Bio]GNV : Quel est le retour de vos conducteurs ?

Gérard Lahellec : Le retour des conducteurs est très positif. Le véhicule est très agréable à conduire, mis à part peut-être un petit impact sur l’inertie du véhicule en raison des bouteilles positionnées sur le pavillon. Le temps de chargement en charge rapide n’est pas tellement plus long qu’un plein de gazole si le compresseur est au top de ses capacités. Celles-ci peuvent toutefois fluctuer en fonction de l’affluence à la station. Mais nous économisons la gestion de l’Adblue, additif nécessaire pour nos moteurs diesel.

Pour éviter des trajets à vides jusqu’à la station et améliorer notre autonomie, nous étudions la possibilité de réaliser une station en propre permettant de faire de la charge lente dans un cadre éventuellement mutualisé ou ouvert.

Breizh[Bio]GNV : Comment valorisez-vous la solution GNV en interne et auprès de vos clients ?

Gérard Lahellec : Pour le moment nous expérimentons un seul véhicule sur un plan technique.  Nous n’avons pas entrepris de démarche particulière de communication. Le véhicule n’offre aucune différence de confort pour le voyageur par rapport à un véhicule diesel de même gamme si ce n’est une réduction du bruit.

Nous souhaitons plutôt axer notre communication sur le bioGNV, mais il nous a fallu d’abord s’assurer d’obtenir des certificats d’origine. Sur ce point, il faudra veiller à développer notre capacité de production, car nous ressentons encore une certaine tension sur le marché des certificats d’origine pour le bio-GNV. Et si en plus nous réussissons à apposer le label « Produit en Bretagne » sur nos certificats, ce serait idéal !